Ezra Furman & The Harpoons
Berlin, 29 July 2010
(par Lisa)
C'est l'été. Il fait plus de 38C dans notre belle ville de Berlin. Les parcs sont surpeuplés, peu importe l'heure qu'il est. Nous nous accrochons à nos gourdes et glaces. À la radio, ironiquement, Take off your Sunglasses par Ezra Furman & The Harpons passe en boucle.Si vous vous demandez pourquoi vous devriez le faire que alors que le soleil brille plus que jamais, vous commencez à écouter attentivement et à apprendre que " tout le monde aime tout le monde ces jours-ci " (et vous êtes d'accord, c'est l'été après tout). Mais aussi, même si ce n'est pas la chanson d'été parfaite vous vous rendez compte, tôt ou tard que ces lunettes sur le nez sont en fait de votre protection. Non seulement des ondes UV, mais du monde qui vous entoure.
Dans cet esprit, nous avons voulu parler au jeune homme intelligent derrière ces lunettes de soleil et ces paroles. Essayer de comprendre à quel point il veut se cacher, parfois, nous avons également parlé de la peur dans les contes de fées, de la joie de mots, de la nervosité et de ce que ce nouvel album a en commun avec " Lidiot " de Dosto\'efevski.
Raw Investigations: Habituellement, vous donnez un nom à chaque concert. Comment avez-vous appelé le concert acoustique d'hier et le concert avec le groupe au complet d'aujourd'hui?
Ezra: Ce soir, on l'a appelé "Give yourself to green Light" qui est en fait volé d'une chanson de Jamie Lidell. Je l'avais dans la tête. Je donne un nom aux concerts avec le groupe, c'est le concept du groupe. Si c'est juste moi, je ne les nomme pas.
RI: Comment tu les appellerais sinon?
Ezra: Je les appellerais " Solo Show numéro un Million ".
RI: "A Berlin, Allemagne ".
Ezra: Oui, ensuite j'écris la date et la ville pour tenir un registre de toutes les setlists au cas où quelqu'un me poserait des questions sur tous les spectacles que j'ai jamais joué et où et quand. Je serais ensuite capable de leur montrer. (Rires)
RI: C'est chou. Hier, vous avez joué, I don't wanna grow up de Tom Waits, je suppose que cela s'applique littéralement à toi?
Ezra: Tu sais, je pourrais être un peu plus grand, plus gros, plus fort... Je sais que je suis fragile. Je suis trop fragile! Vraiment, c\rquote est vrai! C'est juste un de mes fantasmes émotionnels, cette impulsion du " je ne veux pas grandir ". Je l'ai ressentie un grand nombre de fois et je pense que tout le monde, aussi. C'est très facile de s'y identifier. C'est également juste une bonne chanson.
RI: Erich Köstner, un auteur allemand, a dit: "Seul celui qui grandit et reste un enfant est un être humain", donc je suppose que tu es d'accord avec cela?
Ezra: Oui. J'avais pris l'habitude d'avoir beaucoup plus que quelque chose d'essentiel meure en moi en vieillissant. Mais je pensais que ça m'arriverait à 20 ans. (Rires) Maintenant, à 23, presque 24 ans, je n'ai pas peur. Tu vieillis, mais tu restes toi-même. Bien sû, ça n'arrive pas à tout le monde. Certaines personnes se placent elles-mêmes en mauvaise posture, mais je pense que je suis sauvé, ça ne m'arrivera pas.
RI: Je suis certaine que tu l'es. Une fois, tu as expliqué que "Notre musique a beaucoup de contes. Et elle est nerveuse." Qu'est ce qui la rend si nerveuse? Qu'est ce qui te rend nerveux?
Ezra: Cette question me rend nerveux!
RI: Je savais que tu dirais ça.
Ezra: Je sais, c'était plus que prévisible. C'est triste.
Pendant longtemps j'ai été une personne nerveuse. J'étais nerveux à l'idée de perdre mon identité. C'est un thème important dans beaucoup de notre musique à ce jour. Cette nervosité est lié au fait de ne pas vouloir grandir, je suppose. C'est une chose qui va disparaître de moi, mon âme va juste s'échapper en quelque sorte et je vais complètement perdre trace de moi-même.
Je pense que je suis plus nerveux parce que je suis désespéré. Je me sens très désespéré. Prêt à tout pour essayer d'expliquer quelque chose, je ne suis même pas sûr de ce que c'est. Ca peut s'entendre dans beaucoup de nos chansons, que je suis en train de secouer les gens par les épaules et de leur expliquer quelque chose. On ne sait pas toujours clairement ce que c\rquote est. J'aime ce drame entre la façon dont on agit extérieurement et comment on se sent vraiment. Ce sentiment - tu ne peux jamais t'expliquer. C\rquote est souvent de ça que parle notre musique. Ce " laissez-moi vous expliquer! Permettez-moi de vous dire comment c'est! "
RI: Où en es-tu avec ton troisième album studio? Il ressemble à quoi?
Ezra: C'est fini. Ca fait du bien. Je pense que c'est beaucoup mieux que ce que nous avons fait dans le passé. Nous avons fait les autres albums très vite, c'est ce qui les a rendus si amusants. Le simple fait de les faire en une semaine. Nous en avons fait deux en moins d'une semaine. Pour celui-ci nous y avons passé trois semaine. Il est moins nerveux, moins frénétique. Nous avons essayé de faire tout ça. Avant, je voulais mettre mon tout, ma vision du monde entier en un seul morceau. Mais maintenant, tout surgit d'un sentiment, et ils ne saignent pas l'un dans l'autre. Je pense que les meilleures chansons sont celles qui paraissent n'avoir jamais été écrites. Une grande partie des chansons de l'album, pour moi, sonnent comme ça. Vous ne pouvez pas voir leurs coutures. Vous ne pouvez pas voir où les clous ont été martelés, tout semble très naturel. Tout paraît plus assuré, moins nerveux, vraiment. Comme si j'étais assez sûr de moi pour pouvoir vraiment expliquer ce que j\rquote essaie d'expliquer.
RI: Est-ce que "Blood sucking Whore" que vous avez joué ce soir, figurera sur l'album, elle aussi?
Ezra: Tout à fait!
RI: C'est très années 1950, alors?
Ezra: Oui, c'est comme une sorte ballade fifties foireuse, malsaine et torturée. J'ai essayé d'écrire une chanson d'amour Buddy Holly-esque classe. J'ai été très sincère et vraiment classe. A cette époque j'étais dans une mauvaise relation qui s'est avérée être totalement tordue, un peu horrifiante...
RI: Il semble que tu écrive et enregistre tout le temps. Ta réserve de chansons doit être énorme!
Ezra: Récemment, par le passé, j'ai réalisé qu'il vallait mieux ne pas écrire tout le temps (rires), juste attendre les morceaux vraiment bons. J'avais l'habitude d'écrire une chanson par semaine. Deux même. J'ai toujours fait comme ça. Peut-être que certaines d'entre elles dont personne n'a jamais entendu parler sont vraiment bonnes. La plupart d'entre elles sont mauvaises, je pense. Elles ne devraient jamais être montrées à personne, C\rquote est comme des ...
RI: ... des lettres jamais envoyées?
Ezra: Oui, comme des lettres non envoyées. Quand j'étais à l'école les gens me demandaient beaucoup de faire leurs devoirs et je préférais écrire une chanson à la place.
RI: Si tu as par exemple une forte envie d'écrire, qu'en est-il d'écrire quelque chose d'autre comme des nouvelles?
Ezra: J'écris beaucoup de poèmes. Je devrais probablement les regarder. J'ai un ami qui travaille en maison d'édition.Nous allons essayer de publier un recueil de poèmes. Je suis accro à l'écriture de petites phrases. Elles apparaissent dans mon cerveau, parfois elles se retrouvent dans des poèmes ou des chansons. J'aime aussi le rythme. Je suis accro aux phrases et au rythme ... J'écris tout le temps, des poèmes ou des chansons ou des articles de journaux. D'une certaine manière, je le fais depuis que je suis un gamin. Il semble que je sois né pour continuer à écrire jusqu'à ce que je trouve les bonnes choses. Je pense que de bonnes choses en sortent.
RI: J'en suis sûre! Es-tu parfois surpris par ce que tu as écrit? Comme si tu n'étais pas celui qui écrivait?
Ezra: C'est comme si c'était une personne différente! Lorsque tu es dans la zone, c'est comme une personne différente. Je ne pense pas que j'agis pourtant...
RI: C'est notre inconscient. Pour ton album live Moon Face tu as promis d'écrire une chanson individuelle pour chaque personne qui l'ayant acheté. Combien de chansons as-tu écrit?
Ezra: 180 personnes l'ont commandé. Je n'ai pas encore fini. J'en ai composé 140.
RI: N'est-ce pas extrêmement difficile d'écrire sur une personne que tu ne connais pas du tout et dont tu as si peu d'informations ?
Ezra: C'est devenu vraiment difficile (rires) J'ai commencé à écrire avec un niveau d'exigences élevé et en m'en préoccupant beaucoup. Je faisais quelque chose puis le jetais. Parce que c'est une seule chanson rien que pour une seule personne, ça doit bien être assez bon! J'ai besoin de me calmer et d'accepter certaines d'entre elles. C'est vraiment difficile à faire et la plupart d'entre elles durent 3 minutes!
RI: C'est très honnête de ta part alors que tu pourrais simplement changer le nom.
Ezra: Je ne voulais pas faire cela, Ca rendrait le tout un peu " cheap ". Chaque chanson est complètement différente. J'aime quand la musique connecte deux personnes, quand elle est intime. Une personne qui parle à l'autre. J'ai compris que depuis que nous ne sommes plus sur un label, je pouvais le faire, je pouvais littéralement le faire, d'une personne à l'autre. J'ai essayé pendant un certain temps mais je me suis un peu brûlé les ailes. Je dois le terminer, il y a encore quelques personnes en attente et c'est vraiment une honte. Cela fait des mois...
RI: Mais c'est une très jolie idée, je suis sûre qu'ils comprendront.
Ezra: Je sais, j'aime bien l'idée. Il faut que je le finisse, maintenant.
RI: Tu as reçu beaucoup de réactions de pays européens alors que tu es à peine connu aux Etats-Unis. Tu sais pourquoi?
Ezra: Je ne sais pas, je suis totalement déconcerté! C'est difficile à dire. Peut-être que les Etats-Unis semblent plus froids que l'Europe? Je sais que je ne suis pas vraiment cool, je ne suis pas l'Américain moyen cool. Je connais que tous ces super cool kids ...
RI: Le super cool ne marche pas ici? Tu as sans doute raison, Adam Green, par exemple, joue devant des milliers de personnes ici et est à peine connu aux Etats-Unis, n'est-ce pas?
Ezra: En effet. Il n'est pas cool, il ressemble plus à un weirdo. Peut-être que les Européens aiment les gens bizarres? Un autre truc, c'est qu'un grand nombre de stations de radio ici jouent notre musique. C'est vraiment rare en Amérique qu'une station de radio choisisse quelque chose d'un peu bizarre. Ils sont principalement contrôlés et peu de choses se jouent. Il ya des stations indie mais elles sont en train de mourir. EIles ne se développent pas comme elles le font en Europe.
RI: J'ai lu que Mortimer (une oie en plastique) a arrêté de tourner?!
Ezra: On le retient tout simplement. Mortimer a ensuite commencé une carrière solo. C'est une oie qui s'allume que nous avons volé dans le salon de ma mère. Elle lui manquait et vice versa! Nous avons dû les remettre ensemble. Jusqu'à ce que nous réalisions que nous aimions trop cette oie! Il s'en est passé des choses avec Mortimer, après tout!
RI: Volé, renvoyé ...
Ezra: Oui! En gros ... il est de retour avec ma mère à nouveau, je pense qu'il est plus heureux de cette façon. Il s'agit vraiment de ce qui est meilleur pour l'oie.
RI: ...et probablement plus sûr! Tu n'as pas trouvé un remplaçant mascotte alors?
Ezra: Non, sauf si tu es volontaire! Nous tenons des auditions pour quiconque voudrait le rôle! Les animaux ... les gens ...
RI: Etant donné que je suis blonde et allemande comme Kirsten j'ai mes chances, alors? Quoi qu'il en soit, tu nommes toujours les objets? Mortimer l'oie en plastique, Eleanor la mini-fourgonnette ...
Ezra: (rires) Eleanor ... est morte. Le moteur est mort. Maintenant, nous avons Rita, notre nouvelle fourgonnette. Oui, j'aime nommer les choses. Je suis obsédé par l'idée de mettre une touche personnelle sur tout et en faire quelque chose que l'on peut appeler par son nom. J'aime mémoriser des noms de choses. J'aime les titres de chansons et les titres des albums et des groupes. Mon cerveau est un grand entrepôt de noms de choses mémorisées. C'est plutôt des chansons et albums rock. J'ai un bon cerveau pour me souvenir des noms, pas de gens, toujours. J'aime les noms, j'aime nommer les choses. Je pense que cela change quelque chose quand on le fait.
RI: Il me reste deux questions randoms: Que lis-tu en ce moment?
Ezra: Dostoïefevski, " L'Idiot ". Il est vraiment bien! J'ai commencé à le lire parce que je ne l'avais même pas encore lu mais il me semblait que notre nouvel album se rapprochait de l'idée d'une bonne personne que la société ne pouvait accepter. C'est exactement le sujet du livre, aussi.
RI: C'est un conflit typique chez Dostoïfevski.
Ezra: Absolument. Juste le bonhomme qui sent que le monde a tort et détruit les bonnes gens. C'est un peu sombre, mais c'est comme ça que l'on se sent parfois.
RI: Ton conte de fées préféré quand tu étais petit?
Ezra: C'est une bonne question! Il ya cette histoire, " Abororio ", est ce que c'est connu en Europe? Il s'agit de ce mec et son fils. Le gars est un magicien et il fait des tours, fait disparaître les choses. Il n'arrête pas de tourmenter la ville, fait disparaître les chaises quand les gens sont sur le point de s'asseoir. Puis ils le jettent hors de la ville et puis ce monstre appelé Abororio vient détruire la ville. Alors ils le ramenent et il fait disparaître le monstre. Tous mes cauchemars étaient portaient sur ce monstre quand j'étais gosse. Mais j'aime bien l'histoire de toute façon. C'est le premier livre que j'ai jamais lu, que j'ai jamais appris à lire. Plus les célèbres ... J'aime certains Contes de Grimm, mais les originaux, ceux qui sont vraiment sanglants. "La petite sirène" ...
RI: C'est par Hans Christian Andersen.
Ezra: La petite sirène est de Hans Christian Andersen? Ok! Les plus effrayants sont tous biens. J'ai aimé avoir peur étant gosse. J'aime encore ça. Regarder les choses en face et apprendre à ne pas avoir peur dès le plus jeune âge. Ou avoir peur et y faire face.
RI: Je te remercie beaucoup!
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C'est l'été. Il fait plus de 38C dans notre belle ville de Berlin. Les parcs sont surpeuplés, peu importe l'heure qu'il est. Nous nous accrochons à nos gourdes et glaces. À la radio, ironiquement, Take off your Sunglasses par Ezra Furman & The Harpons passe en boucle.Si vous vous demandez pourquoi vous devriez le faire que alors que le soleil brille plus que jamais, vous commencez à écouter attentivement et à apprendre que " tout le monde aime tout le monde ces jours-ci " (et vous êtes d'accord, c'est l'été après tout). Mais aussi, même si ce n'est pas la chanson d'été parfaite vous vous rendez compte, tôt ou tard que ces lunettes sur le nez sont en fait de votre protection. Non seulement des ondes UV, mais du monde qui vous entoure.
Dans cet esprit, nous avons voulu parler au jeune homme intelligent derrière ces lunettes de soleil et ces paroles. Essayer de comprendre à quel point il veut se cacher, parfois, nous avons également parlé de la peur dans les contes de fées, de la joie de mots, de la nervosité et de ce que ce nouvel album a en commun avec " Lidiot " de Dosto\'efevski.
Raw Investigations: Habituellement, vous donnez un nom à chaque concert. Comment avez-vous appelé le concert acoustique d'hier et le concert avec le groupe au complet d'aujourd'hui?
Ezra: Ce soir, on l'a appelé "Give yourself to green Light" qui est en fait volé d'une chanson de Jamie Lidell. Je l'avais dans la tête. Je donne un nom aux concerts avec le groupe, c'est le concept du groupe. Si c'est juste moi, je ne les nomme pas.
RI: Comment tu les appellerais sinon?
Ezra: Je les appellerais " Solo Show numéro un Million ".
RI: "A Berlin, Allemagne ".
Ezra: Oui, ensuite j'écris la date et la ville pour tenir un registre de toutes les setlists au cas où quelqu'un me poserait des questions sur tous les spectacles que j'ai jamais joué et où et quand. Je serais ensuite capable de leur montrer. (Rires)
RI: C'est chou. Hier, vous avez joué, I don't wanna grow up de Tom Waits, je suppose que cela s'applique littéralement à toi?
Ezra: Tu sais, je pourrais être un peu plus grand, plus gros, plus fort... Je sais que je suis fragile. Je suis trop fragile! Vraiment, c\rquote est vrai! C'est juste un de mes fantasmes émotionnels, cette impulsion du " je ne veux pas grandir ". Je l'ai ressentie un grand nombre de fois et je pense que tout le monde, aussi. C'est très facile de s'y identifier. C'est également juste une bonne chanson.
RI: Erich Köstner, un auteur allemand, a dit: "Seul celui qui grandit et reste un enfant est un être humain", donc je suppose que tu es d'accord avec cela?
Ezra: Oui. J'avais pris l'habitude d'avoir beaucoup plus que quelque chose d'essentiel meure en moi en vieillissant. Mais je pensais que ça m'arriverait à 20 ans. (Rires) Maintenant, à 23, presque 24 ans, je n'ai pas peur. Tu vieillis, mais tu restes toi-même. Bien sû, ça n'arrive pas à tout le monde. Certaines personnes se placent elles-mêmes en mauvaise posture, mais je pense que je suis sauvé, ça ne m'arrivera pas.
RI: Je suis certaine que tu l'es. Une fois, tu as expliqué que "Notre musique a beaucoup de contes. Et elle est nerveuse." Qu'est ce qui la rend si nerveuse? Qu'est ce qui te rend nerveux?
Ezra: Cette question me rend nerveux!
RI: Je savais que tu dirais ça.
Ezra: Je sais, c'était plus que prévisible. C'est triste.
Pendant longtemps j'ai été une personne nerveuse. J'étais nerveux à l'idée de perdre mon identité. C'est un thème important dans beaucoup de notre musique à ce jour. Cette nervosité est lié au fait de ne pas vouloir grandir, je suppose. C'est une chose qui va disparaître de moi, mon âme va juste s'échapper en quelque sorte et je vais complètement perdre trace de moi-même.
Je pense que je suis plus nerveux parce que je suis désespéré. Je me sens très désespéré. Prêt à tout pour essayer d'expliquer quelque chose, je ne suis même pas sûr de ce que c'est. Ca peut s'entendre dans beaucoup de nos chansons, que je suis en train de secouer les gens par les épaules et de leur expliquer quelque chose. On ne sait pas toujours clairement ce que c\rquote est. J'aime ce drame entre la façon dont on agit extérieurement et comment on se sent vraiment. Ce sentiment - tu ne peux jamais t'expliquer. C\rquote est souvent de ça que parle notre musique. Ce " laissez-moi vous expliquer! Permettez-moi de vous dire comment c'est! "
RI: Où en es-tu avec ton troisième album studio? Il ressemble à quoi?
Ezra: C'est fini. Ca fait du bien. Je pense que c'est beaucoup mieux que ce que nous avons fait dans le passé. Nous avons fait les autres albums très vite, c'est ce qui les a rendus si amusants. Le simple fait de les faire en une semaine. Nous en avons fait deux en moins d'une semaine. Pour celui-ci nous y avons passé trois semaine. Il est moins nerveux, moins frénétique. Nous avons essayé de faire tout ça. Avant, je voulais mettre mon tout, ma vision du monde entier en un seul morceau. Mais maintenant, tout surgit d'un sentiment, et ils ne saignent pas l'un dans l'autre. Je pense que les meilleures chansons sont celles qui paraissent n'avoir jamais été écrites. Une grande partie des chansons de l'album, pour moi, sonnent comme ça. Vous ne pouvez pas voir leurs coutures. Vous ne pouvez pas voir où les clous ont été martelés, tout semble très naturel. Tout paraît plus assuré, moins nerveux, vraiment. Comme si j'étais assez sûr de moi pour pouvoir vraiment expliquer ce que j\rquote essaie d'expliquer.
RI: Est-ce que "Blood sucking Whore" que vous avez joué ce soir, figurera sur l'album, elle aussi?
Ezra: Tout à fait!
RI: C'est très années 1950, alors?
Ezra: Oui, c'est comme une sorte ballade fifties foireuse, malsaine et torturée. J'ai essayé d'écrire une chanson d'amour Buddy Holly-esque classe. J'ai été très sincère et vraiment classe. A cette époque j'étais dans une mauvaise relation qui s'est avérée être totalement tordue, un peu horrifiante...
RI: Il semble que tu écrive et enregistre tout le temps. Ta réserve de chansons doit être énorme!
Ezra: Récemment, par le passé, j'ai réalisé qu'il vallait mieux ne pas écrire tout le temps (rires), juste attendre les morceaux vraiment bons. J'avais l'habitude d'écrire une chanson par semaine. Deux même. J'ai toujours fait comme ça. Peut-être que certaines d'entre elles dont personne n'a jamais entendu parler sont vraiment bonnes. La plupart d'entre elles sont mauvaises, je pense. Elles ne devraient jamais être montrées à personne, C\rquote est comme des ...
RI: ... des lettres jamais envoyées?
Ezra: Oui, comme des lettres non envoyées. Quand j'étais à l'école les gens me demandaient beaucoup de faire leurs devoirs et je préférais écrire une chanson à la place.
RI: Si tu as par exemple une forte envie d'écrire, qu'en est-il d'écrire quelque chose d'autre comme des nouvelles?
Ezra: J'écris beaucoup de poèmes. Je devrais probablement les regarder. J'ai un ami qui travaille en maison d'édition.Nous allons essayer de publier un recueil de poèmes. Je suis accro à l'écriture de petites phrases. Elles apparaissent dans mon cerveau, parfois elles se retrouvent dans des poèmes ou des chansons. J'aime aussi le rythme. Je suis accro aux phrases et au rythme ... J'écris tout le temps, des poèmes ou des chansons ou des articles de journaux. D'une certaine manière, je le fais depuis que je suis un gamin. Il semble que je sois né pour continuer à écrire jusqu'à ce que je trouve les bonnes choses. Je pense que de bonnes choses en sortent.
RI: J'en suis sûre! Es-tu parfois surpris par ce que tu as écrit? Comme si tu n'étais pas celui qui écrivait?
Ezra: C'est comme si c'était une personne différente! Lorsque tu es dans la zone, c'est comme une personne différente. Je ne pense pas que j'agis pourtant...
RI: C'est notre inconscient. Pour ton album live Moon Face tu as promis d'écrire une chanson individuelle pour chaque personne qui l'ayant acheté. Combien de chansons as-tu écrit?
Ezra: 180 personnes l'ont commandé. Je n'ai pas encore fini. J'en ai composé 140.
RI: N'est-ce pas extrêmement difficile d'écrire sur une personne que tu ne connais pas du tout et dont tu as si peu d'informations ?
Ezra: C'est devenu vraiment difficile (rires) J'ai commencé à écrire avec un niveau d'exigences élevé et en m'en préoccupant beaucoup. Je faisais quelque chose puis le jetais. Parce que c'est une seule chanson rien que pour une seule personne, ça doit bien être assez bon! J'ai besoin de me calmer et d'accepter certaines d'entre elles. C'est vraiment difficile à faire et la plupart d'entre elles durent 3 minutes!
RI: C'est très honnête de ta part alors que tu pourrais simplement changer le nom.
Ezra: Je ne voulais pas faire cela, Ca rendrait le tout un peu " cheap ". Chaque chanson est complètement différente. J'aime quand la musique connecte deux personnes, quand elle est intime. Une personne qui parle à l'autre. J'ai compris que depuis que nous ne sommes plus sur un label, je pouvais le faire, je pouvais littéralement le faire, d'une personne à l'autre. J'ai essayé pendant un certain temps mais je me suis un peu brûlé les ailes. Je dois le terminer, il y a encore quelques personnes en attente et c'est vraiment une honte. Cela fait des mois...
RI: Mais c'est une très jolie idée, je suis sûre qu'ils comprendront.
Ezra: Je sais, j'aime bien l'idée. Il faut que je le finisse, maintenant.
RI: Tu as reçu beaucoup de réactions de pays européens alors que tu es à peine connu aux Etats-Unis. Tu sais pourquoi?
Ezra: Je ne sais pas, je suis totalement déconcerté! C'est difficile à dire. Peut-être que les Etats-Unis semblent plus froids que l'Europe? Je sais que je ne suis pas vraiment cool, je ne suis pas l'Américain moyen cool. Je connais que tous ces super cool kids ...
RI: Le super cool ne marche pas ici? Tu as sans doute raison, Adam Green, par exemple, joue devant des milliers de personnes ici et est à peine connu aux Etats-Unis, n'est-ce pas?
Ezra: En effet. Il n'est pas cool, il ressemble plus à un weirdo. Peut-être que les Européens aiment les gens bizarres? Un autre truc, c'est qu'un grand nombre de stations de radio ici jouent notre musique. C'est vraiment rare en Amérique qu'une station de radio choisisse quelque chose d'un peu bizarre. Ils sont principalement contrôlés et peu de choses se jouent. Il ya des stations indie mais elles sont en train de mourir. EIles ne se développent pas comme elles le font en Europe.
RI: J'ai lu que Mortimer (une oie en plastique) a arrêté de tourner?!
Ezra: On le retient tout simplement. Mortimer a ensuite commencé une carrière solo. C'est une oie qui s'allume que nous avons volé dans le salon de ma mère. Elle lui manquait et vice versa! Nous avons dû les remettre ensemble. Jusqu'à ce que nous réalisions que nous aimions trop cette oie! Il s'en est passé des choses avec Mortimer, après tout!
RI: Volé, renvoyé ...
Ezra: Oui! En gros ... il est de retour avec ma mère à nouveau, je pense qu'il est plus heureux de cette façon. Il s'agit vraiment de ce qui est meilleur pour l'oie.
RI: ...et probablement plus sûr! Tu n'as pas trouvé un remplaçant mascotte alors?
Ezra: Non, sauf si tu es volontaire! Nous tenons des auditions pour quiconque voudrait le rôle! Les animaux ... les gens ...
RI: Etant donné que je suis blonde et allemande comme Kirsten j'ai mes chances, alors? Quoi qu'il en soit, tu nommes toujours les objets? Mortimer l'oie en plastique, Eleanor la mini-fourgonnette ...
Ezra: (rires) Eleanor ... est morte. Le moteur est mort. Maintenant, nous avons Rita, notre nouvelle fourgonnette. Oui, j'aime nommer les choses. Je suis obsédé par l'idée de mettre une touche personnelle sur tout et en faire quelque chose que l'on peut appeler par son nom. J'aime mémoriser des noms de choses. J'aime les titres de chansons et les titres des albums et des groupes. Mon cerveau est un grand entrepôt de noms de choses mémorisées. C'est plutôt des chansons et albums rock. J'ai un bon cerveau pour me souvenir des noms, pas de gens, toujours. J'aime les noms, j'aime nommer les choses. Je pense que cela change quelque chose quand on le fait.
RI: Il me reste deux questions randoms: Que lis-tu en ce moment?
Ezra: Dostoïefevski, " L'Idiot ". Il est vraiment bien! J'ai commencé à le lire parce que je ne l'avais même pas encore lu mais il me semblait que notre nouvel album se rapprochait de l'idée d'une bonne personne que la société ne pouvait accepter. C'est exactement le sujet du livre, aussi.
RI: C'est un conflit typique chez Dostoïfevski.
Ezra: Absolument. Juste le bonhomme qui sent que le monde a tort et détruit les bonnes gens. C'est un peu sombre, mais c'est comme ça que l'on se sent parfois.
RI: Ton conte de fées préféré quand tu étais petit?
Ezra: C'est une bonne question! Il ya cette histoire, " Abororio ", est ce que c'est connu en Europe? Il s'agit de ce mec et son fils. Le gars est un magicien et il fait des tours, fait disparaître les choses. Il n'arrête pas de tourmenter la ville, fait disparaître les chaises quand les gens sont sur le point de s'asseoir. Puis ils le jettent hors de la ville et puis ce monstre appelé Abororio vient détruire la ville. Alors ils le ramenent et il fait disparaître le monstre. Tous mes cauchemars étaient portaient sur ce monstre quand j'étais gosse. Mais j'aime bien l'histoire de toute façon. C'est le premier livre que j'ai jamais lu, que j'ai jamais appris à lire. Plus les célèbres ... J'aime certains Contes de Grimm, mais les originaux, ceux qui sont vraiment sanglants. "La petite sirène" ...
RI: C'est par Hans Christian Andersen.
Ezra: La petite sirène est de Hans Christian Andersen? Ok! Les plus effrayants sont tous biens. J'ai aimé avoir peur étant gosse. J'aime encore ça. Regarder les choses en face et apprendre à ne pas avoir peur dès le plus jeune âge. Ou avoir peur et y faire face.
RI: Je te remercie beaucoup!
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